Les joints de dilatation en carrelage : pourquoi sont-ils indispensables ?

Un carrelage, aussi “rigide” soit-il, vit : le support bouge, la température varie, l’humidité change, les charges se déplacent… Sans zones de “respiration”, ces contraintes finissent par se libérer de la pire manière : fissures, carreaux qui sonnent creux, soulèvements (tuilage), décollements.

C’est exactement le rôle des joints de mouvement (souvent appelés “joints de dilatation” dans le langage courant) : permettre au système support + colle + carrelage d’absorber les mouvements sans se dégrader.

À ne pas confondre : joint de pose vs joint de mouvement

Le joint de pose (entre carreaux)

  • C’est le joint “classique” rempli au mortier de jointoiement.
  • Il assure la finition, l’étanchéité de surface (selon produits), et participe un peu à la répartition des contraintes… mais ne remplace pas un joint de mouvement.

Le joint de mouvement (dilatation / fractionnement / structurel)

  • C’est une coupure volontaire (souvent 5 mm mini, suivant cas) remplie par un mastic élastique ou un profilé.
  • Il désolidarise des zones pour absorber les mouvements et éviter les désordres.

Pourquoi un carrelage a besoin de joints de mouvement ?

Même dans une maison “stable”, plusieurs phénomènes s’additionnent :

  • Dilatation / contraction thermique : très marqué en extérieur (terrasse plein sud, gel, fortes amplitudes).
  • Retrait / fluage des chapes : le support “travaille” pendant son séchage et au fil du temps.
  • Déformations sous charge : mobilier, circulation, charges concentrées.
  • Mouvements différentiels : dalle vs cloison, poteau, seuil, escalier, etc.
  • Plancher chauffant : alternance chaud/froid = contraintes supplémentaires (les fabricants/DTU imposent une vigilance accrue sur les points singuliers).

👉 Sans joint de mouvement, la contrainte se reporte sur le carreau/colle = fissure ou décollement.

Les 3 grands types de joints à connaître

1 - Le joint périphérique (obligatoire)

  • Où ? Tout le long des murs, cloisons, poteaux, marches, huisseries… et autour de tout élément “bloquant” (îlot, pilier, cheminée).
  • Pourquoi ? Pour éviter que le carrelage ne pousse contre un élément fixe.
  • Comment ? Laisser un vide (souvent autour de 5 mm) puis le traiter avec un joint souple ou le masquer (plinthe, quart-de-rond, etc.).

✅ C’est le joint le plus oublié… et l’un des plus destructeurs quand il manque.

2 - Le joint de fractionnement

Objectif : Découper une grande surface carrelée en “panneaux” plus petits, afin d’éviter l’accumulation des tensions.

Où le placer ?

  • Aux passages de portes et changements de pièce,
  • Dans les couloirs ou zones longues,
  • Aux changements de support / zones techniques,
  • Sur les grandes surfaces (séjour ouvert, commerce, showroom…).

Support vs revêtement : point important
Le DTU insiste sur le fait que les joints du support (retrait/construction/dilatation) doivent être respectés et “remontés” dans le carrelage.

3 - Le joint structurel (ou joint de gros œuvre)

C’est un joint déjà présent dans la structure (dalle, chape, bâtiment).
Il doit être reproduit strictement à l’identique dans :

  • la couche de mortier-colle,
  • le carrelage,
  • et être traité avec un système souple/profilé adapté.

❌ Le recouvrir, le “ponter”, ou le décaler = risque majeur de fissuration/soulèvement

Espacement recommandé : repères pratiques (et ce que disent les sources)

Les valeurs exactes peuvent dépendre du système de pose et du support. Mais voici des repères solides et fréquemment repris :

Sur chapes/dalles : surfaces maxi avant fractionnement

  • Chapes ou dalles adhérentes : fractionnement environ tous les 60 m².
  • Chapes/dalles désolidarisées ou flottantes : environ tous les 40 m².

Longueurs maxi (surtout utile en zones longues)

  • On retrouve régulièrement la notion de grande longueur limitée (ex : 8 m max selon cas).
  • En terrasse, certains guides de mise en œuvre indiquent des repères du type 6 m max ou 40 m² selon configurations.

En extérieur

L’extérieur est plus contraignant : on fractionne plus (amplitudes thermiques, gel, soleil, humidité). Les règles professionnelles dédiées aux terrasses viennent compléter le DTU.

À retenir : plus c’est grand, long, exposé et contraint, plus on multiplie les joints.

Où positionner les joints : méthode simple (calepinage “pro”)

Avant de coller le premier carreau, faites un mini plan :

  1. Repérez les joints du support (retrait/construction/dilatation) → ils dictent la pose.
  2. Ajoutez un joint périphérique partout où le carrelage rencontre un élément fixe (murs, poteaux, marches…).
  3. Fractionnez :
    • aux seuils de porte,
    • dans les zones longues,
    • pour respecter les surfaces maxi (40/60 m² selon cas).
  4. Vérifiez les zones à risque :
    • grands formats,
    • plancher chauffant,
    • extérieur / baie vitrée plein soleil,
    • locaux commerciaux.

💡 Bon réflexe : “je préfère un joint bien placé qu’un carrelage fissuré”.

Mise en œuvre : 2 solutions courantes

Option A — Joint souple (mastic) dans un espace réservé

  1. Réserver la largeur au calepinage.
  2. Nettoyer, dépoussiérer, dégraisser.
  3. Poser un fond de joint (profondeur maîtrisée).
  4. Appliquer le primaire si requis.
  5. Extruder le mastic, lisser (outil + eau savonneuse si compatible).
  6. Respecter le temps de polymérisation avant trafic.

✅ Avantage : discret, économique, adaptable.
⚠️ Vigilance : vieillissement, salissures, choix du mastic compatible (int/ext, UV, eau).

Option B — Profilé de joint de dilatation / fractionnement

  1. Choisir un profilé adapté à l’épaisseur du carrelage.
  2. L’intégrer pendant la pose (au mortier-colle).
  3. Assurer l’alignement et la planéité.
  4. Jointoyer proprement de part et d’autre.

✅ Avantage : très durable et net (surtout en zones de passage).

Cas particuliers à traiter sérieusement

Terrasse / balcon

  • Exposition + eau + gel = contraintes fortes.
  • Respect des joints existants, joint périphérique, fractionnement renforcé.
  • Traitement étanchéité + joints (bandes, angles, points singuliers) selon systèmes.

Plancher chauffant

  • Les cycles thermiques accentuent les mouvements.
  • Collage flexible recommandé par les guides métiers (type C2S1/S2 selon systèmes).
  • Joints périphériques et traitement des points singuliers : non négociable.

Grands formats / carreaux XXL

  • Moins de “tolérance” aux mouvements.
  • Calepinage + planéité + double encollage (selon prescriptions) + joints bien dimensionnés.

Les erreurs à éviter (celles qu’on retrouve sur chantier)

  • Oublier le joint périphérique (mur/poteau/baie vitrée)
  • ❌ “Pontage” d’un joint structurel du support
  • ❌ Fractionnement insuffisant sur grandes surfaces
  • ❌ Faire un “joint de mouvement”… avec un mortier rigide (inutile)
  • ❌ Mastic sans fond de joint (adhérence 3 faces → déchirure)
  • ❌ Joint trop fin en extérieur (fatigue, arrachement, infiltration)
  • ❌ Croire qu’une colle/joint “flex” supprime le besoin de joints (le DTU rappelle que ça ne dispense pas le traitement des points singuliers).

Checklist “pose conforme” (à garder en référence)

Avant la pose :

  • J’ai repéré les joints du support et je les reporte dans le carrelage.
  • J’ai prévu un joint périphérique partout.
  • J’ai un calepinage intégrant les joints de fractionnement (surfaces/longueurs).

 

Pendant la pose :

  • Les joints de mouvement traversent toute l’épaisseur (colle + carrelage) quand requis.
  • Je traite les joints au mastic/profilé adapté (pas au mortier classique).

 

Après la pose :

  • Respect des temps de séchage / mise en service, surtout en plancher chauffant.
  • Joints souples protégés pendant polymérisation.

FAQ rapide

Faut-il un joint de dilatation “systématiquement” ?

Pas forcément “à tout bout de champ”, mais les joints périphériques et le respect des joints du support sont incontournables, et le fractionnement devient nécessaire dès que la surface/longueur/configuration l’impose.

Un carrelage peut-il se décoller à cause d’un mauvais fractionnement ?

Oui : les contraintes s’accumulent, la colle travaille en cisaillement, et on observe fissures/sons creux/décollements.

Conclusion

Les joints de dilatation (au sens “joints de mouvement”) sont un élément structurel de la pose, pas un détail esthétique.
Bien conçus et bien placés, ils assurent :

  • une durabilité nettement supérieure,
  • une meilleure stabilité,
  • et évitent les pathologies les plus coûteuses à reprendre.
Piastrella, vente de carrelage à Anstaing près de Lille